Un ancien kinésithérapeute, spécialiste réputé du périnée, a été mis en examen en juin à Paris pour viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité ( AFP / LOIC VENANCE )
Un ancien kinésithérapeute, spécialiste réputé du périnée, a été mis en examen en juin à Paris pour viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur huit patientes "au prétexte de gestes médicaux qui lui étaient interdits".
Alain Bourcier, considéré comme l'un de ceux qui ont introduit la rééducation du périnée en France, a également été mis en examen pour exercice illégal de la médecine et de la profession de kinésithérapeute et placé sous contrôle judiciaire: il doit verser 70.000 euros de caution et a l'interdiction d'exercer toute activité médicale ou paramédicale, a précisé le parquet de Paris à l'AFP.
Visé par huit plaintes pour des faits commis entre 2017 et 2023, et visé par une information judiciaire depuis septembre 2024, il réfute les accusations. L'homme, qui a exercé pendant 40 ans, a notamment travaillé au centre de radiologie parisien Imagerie Cardinet, déjà dans le viseur de la justice pour une possible série d'agressions sexuelles et viols.
Retraité depuis 2012 et devenu "assistant médical", il y pratiquait des "bilans urodynamiques", qui nécessitent l'introduction de sonde et de demander à la patiente d'uriner, censés se dérouler sous la responsabilité d'un médecin radiologue.
"Pas autorisé"
La justice lui reproche d'avoir "continué à exercer" la profession de kiné alors qu'il n'était plus inscrit à l'ordre, ainsi que la pratique de ces bilans urodynamiques "qu'il n'aurait de toute façon pas été autorisé à faire en tant que masseur-kinésithérapeute même exerçant selon les règles", souligne le parquet.
"M. Bourcier est un spécialiste reconnu du bilan urodynamique, étape essentielle de la rééducation du périnée. Pendant de nombreuses années, il a participé au sein de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (APHP) comme dans de nombreuses structures hospitalières privées, à la prise en charge d'hommes et de femmes au côté de médecins urologues et gynécologues", indique à l'AFP son avocat, Me Antoine Beauquier.
"Mon client conteste toute connotation sexuelle aux actes qu'il pratique depuis 40 ans. Associer le bilan urodynamique à un viol n'est pas sérieux", ajoute-t-il.
Les plaintes et signalements ont toutefois déjà convaincu la chambre disciplinaire de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de le radier, après une brève réinscription. Dans une décision mi-avril, dont l'AFP a eu connaissance, elle s'appuie sur des témoignages d'examens brutaux, sans consentement, ni information du fait qu'il n'était pas médecin.
"Hurlements"
L'une des patientes a raconté son calvaire: "Vives douleurs" lors de l'introduction d'une sonde, "hurlements" dont le praticien n'aurait pas tenu compte "jusqu'à ce qu'elle lui crie d'arrêter". Selon elle, M. Bourcier "lui a fait mal volontairement, en s'acharnant violemment sur elle, et a pris plaisir à la torturer".
Une autre explique que M. Bourcier ne l'a pas démentie lorsqu'elle l'a appelée "docteur", lui a imposé un toucher pelvien "par surprise", et l'aurait regardée uriner et se rhabiller.
Une autre patiente lui reproche d'avoir "fait preuve d'inhumanité et d'ignominie, en regardant le corps de ses patientes comme un territoire acquis". L'ex-kiné aurait "introduit deux doigts dans son vagin, sans demande ni recueil du consentement, pour évaluer son prolapsus".
Alain Bourcier, qui s'est formé aux Etats-Unis et a écrit des ouvrages comme "Les dialogues du périnée", a répondu à son ex-ordre que le bilan urodynamique pouvait "être vécu comme humiliant", désagréable voire douloureux, et assuré que "les impressions des patientes ne sont donc pas liées à un comportement inapproprié de sa part".
Il a assuré ne s'être jamais présenté comme médecin, et expliqué que les patientes avaient signé un document et étaient informées du déroulé de l'examen.
La chambre disciplinaire de l'ordre souligne ne pas avoir "le sentiment que les comportements reprochés (...) étaient en lien avec des motifs de nature sexuelle", un point sur lequel la justice pénale devra désormais se pencher.
Interrogé par l'AFP, Imagerie Cardinet est aujourd'hui "en conflit juridique" avec Alain Bourcier aux prud'hommes et rejette "toute accusation de complicité ou de dissimulation". Selon une source proche du dossier, le groupe pourrait se voir reprocher par la suite une complicité et être mis en examen.

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